A la suite de cet épisode douloureux, le mieux à faire dans ces circonstances est de se concentrer sur ses désirs. Ce qui n'est pas chose facile. Le temps est là, le coeur est derrière la ligne de départ, s'entraîne, se languit, fait des étirements, mais n'est pas vraisemblablement prêt pour la course.
J'ai donc fait un retour en arrière pour me rendre compte que je n'étais pas aussi folle que j'étais prête à le croire, ou parce qu'on me l'a souvent répété ces derniers temps. J'ai donc relu un journal de 6 pages qui traînait sur le bureau de mon ordnateur depuis maintenant un an. Je l'avais intitulé "Post Scriptum", une sorte de note pour me rappeler tous les jours les raisons qui m'avaient motivée à recommencer une nouvelle vie et aussi pour tuer le temps d'une séparation antérieure avec L. Mes raisons étaient claires, je savais ce que je voulais et pourquoi je l'avais fait. J'avais la ferme volonté d'être heureuse, parce qu'à Paris je ne l'étais pas, je ne l'étais plus, du moins pas aux côtés de L..La ville me semblait fade, les gens tous pareils , à étaler ce qu'ils font, ce qu'ils ont, ce qu'ils ont lu, ce qu'ils savent, à parler sans cesse de leur personne. J'avais peur de me transformer en ces gens-là, désinvoltes, individualistes, hautains, presque snobs à prétendre comprendre ce qui se passe à l'autre bout du monde, alors qu'ils ne pourraient se passer d'une baguette, d'un croissant, de leur véhicule, de leur appartement, ou de la maison à la campagne, des gens avec leurs petites habitudes, quoi. Des hommes et des femmes qui courent tous après d'autres femmes et d'autres hommes, sans vouloir connaître les émotions fortes et nouvelles que procurent l'amour. Et en 6 ans de relation qui n'avait mené nulle part, je craignais de n'arriver jamais nulle part.
Rien que de penser à passer l'hiver 2010 à me mordre les doigts sur une relation que je désirais de tout mon coeur, me semblait insurmontable. C'était comme revivre les mêmes hivers avec les mêmes angoisses, les mêmes préoccupations avec la même personne, tout en sachant au fond de moi que L. n'était pas la bonne personne, du moins pas celle que je méritais. Ce dont, je me rappelle aujourd'hui quand je lis encore ce que j'avais écrit à mon arrivée ici.
Alors, un an après, je me pose la question : comment ai-je pu oublier tout cela en cours de route? Pourquoi ce revirement? Que s'est-il passé pour que je reconsidère L. et que je lui accorde encore autant d'importance alors qu'il n'est pas arrivé à faire le huitième de ce que mon ange a fait pour moi, inconditionnellement pour moi?
J'étais heureuse avec toi pourtant, j'ai redécouvert le verbe aimer et appris à le conjuguer. Tu semblais descendre du ciel rien que pour moi, atterri de nulle part. Tu m'as dit que j'ai dû te mentir à l'époque parce que mes sentiments sont différents aujourd'hui mais je ne t'ai pas menti, je les éprouvais, je les ressentais, je les ai perdus au milieu du chemin, quelque part, dans les abysses de mon coeur. Tu m'as redonné confiance aux hommes, tu m'as apporté du réconfort à un moment où j'en avais besoin, tu as été là au pire moment, tu m'as permis d'avoir de nouveaux repères, d'avoir le désir de me projeter dans le futur avec quelqu'un qui le voulait tout autant.
Je ne te cache pas que cela a été plutôt vite, très vite, peut être trop vite. Je me suis laissée pousser des ailes, à vouloir atteindre le soleil comme Icare. Je pense que j'ai eu peur parce que je découvrais une nouvelle espèce d'homme jusqu'ici inconnue : un homme pouvant comprendre, pouvant voir au-delà de l'enveloppe humaine, un homme sensible et pardonne-moi si je t'ai souvent ridiculisé que cela puisse être une menace. Je sais que tu ne me liras pas, j'aimerais tant mais bon. Ta sensibilité n'est pas un défaut, c'est une qualité. J'étais comme toi à une époque, mais je crois que mon envie de me battre continuellement contre la vie, m'a totalement rendu indifférente à ces choses-là et a faussé graduellemnt mon jugement. Je n'ai plus ce même regard que j'avais dans le temps, du moins pas pour les mêmes choses.
Je ne veux pas changer, je veux juste retrouver la personne que je voulais être et que j'ai toujours voulu être, en acceptant celle que je devenais au fil des années, un mélange intéressant, "explosif" des gènes de mon père, de ma mère et des générations antérieures. Je veux juste apporter aux autres ce dont ils ont besoin par ma personne, par mon métier, apporter un minimum si ce n'est un maximum de satisfaction, un sourire, une lueur dans les yeux, un fou rire, une envie effrénée de me prendre dans leurs bras. J'ai envie de donner tout simplement mais avant tout il va falloir que je cultive cette envie de donner. Je n'ai pas l'habitude, il va falloir apprendre alors, mais comment?
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire